MBTI et goûts musicaux

Posté le 18 mai 2018 par Yves Kerbiriou, Associé OPP France

Sommes-nous libres de préférer Eminem à Mozart ? A l’heure où l’intelligence artificielle nourrit d’algorithmes de plus en plus puissants les acteurs du web, que ne donneraient les Spotify et autres Deezer pour rendre encore plus pertinentes les playlists qu’elles proposent en streaming ?

En juillet 2015, un article de Discover « Your Musical Tastes Reflect Your Thinking Style » présentait les résultats d’une étude conduite à l’université de Cambridge par David Greenberg, qui tendait à démontrer que les préférences musicales dépendent davantage du style cognitif que des caractéristiques de personnalité liées au modèle des Big Five. Pour Greenberg, les choix musicaux sont directement affectés par la tendance à l’empathie (Empathizers) ou, au contraire à la systématisation (Systemizers).

Dès 1999, Paul James s’était attaché, dans une étude très fouillée intitulée « An INTP Profile » à décrire, au nombre des caractéristiques des INTP, celles touchant aux préférences dans le domaine de la musique.

MBTI ET GOÛTS MUSICAUX

Voici un résumé de son analyse :

James allait jusqu’à lister les compositeurs de musique classique « moderne » les plus susceptibles de séduire les INTP. Parmi les plus connus, on y retrouve notamment Bartok, Messiaen et Chostakovitch. Peut-être vous y reconnaîtrez-vous si vous êtes INTP. Pour ma part, je vous propose simplement de partager avec vous le ressenti d’un ISTP profondément mélomane, qui a en commun avec les INTP sa dominante (Ti) et son inférieure (Fe).

Une première approche, assez simple – pour ne pas dire simpliste – consiste à faire des liens entre les polarités et les goûts : ainsi, ma préférence pour l’Introversion me pousse-t-elle sans doute à une forte sélectivité dans la musique que j’aime (point de salut hors du classique et du jazz). Et ce n’est pas par hasard que je favorise les formes intimes d’expression musicale (les instruments solistes, la musique de chambre, le lied) à la symphonie ou l’opéra. On ne s’étonnera pas non plus que des conditions d’écoute tranquilles (la chaîne, voire le casque) soient plus essentielles à mon expérience musicale que le concert. Ma préférence pour la Sensation, qui me fait goûter la musique dans une dimension physique est probablement à l’origine du fait que je la ressens avec une intensité exacerbée : chair de poule, voire montée des larmes, sensibilité à l’harmonie, aux timbres et au rythme davantage qu’à la mélodie. Serait-ce ma préférence Pensée qui me conduit vers des œuvres complexes à appréhender qui rebuteraient nombre de mélomanes (musique contemporaine) et à me montrer exagérément critique sur les faiblesses d’une œuvre (plutôt le silence qu’une musique médiocre) ? Quant à la Perception, serait-elle responsable de mon amour pour la musique improvisée, les dissonances et le jazz ainsi que de mon désir permanent de surprise et de découverte ?

Cette analyse statique ne fait pas justice au fait que le type dans son ensemble est bien plus que les préférences prises isolément et n’explique pas certaines contradictions apparentes dans les choix. C’est au travers de la dynamique du type que je constate à quel point mes fonctions dominante (Ti) et auxiliaire (Se) sont déterminantes dans l’affirmation de mes goûts musicaux. J’irai jusqu’à dire presque exclusivement, car je ne sollicite que très marginalement ma fonction tertiaire (N). Mon mode de consommation reste au premier degré : je cherche rarement à analyser les intentions du compositeur et les éclairages savants qui tissent des liens avec son époque ou sa vie ne me sont pas essentiels. Enfin, l’inférieure Fe est probablement à l’origine d’une grande subjectivité vis-à-vis des compositeurs ou des interprètes qui va de l’amour inconditionnel au rejet total.

Au-delà de ce qui n’est qu’un simple partage d’expérience, seule une étude statistique exhaustive sur les goûts des 16 types permettrait d’y voir plus clair. Mais mon sentiment est que la musique est d’une telle richesse et que l’expérience esthétique fait appel à tant de facteurs qu’une théorie complète n’est pas prête de voir le jour !

Yves Kerbiriou, consultant associé OPP France

 

 

Yves Kerbiriou, consultant associé OPP France

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